Crème solaire, heures d’exposition, grains de beauté à surveiller : l’été remet la peau en première ligne. Le Dr Ilham Housni Alaoui, dermatologue à Marrakech depuis 2015, démêle les bons réflexes des idées reçues.

À Marrakech, qui doit être particulièrement vigilant ?
Dans sa patientèle marrakchie, la dermatologue identifie comme particulièrement à risque les personnes à la peau claire ayant accumulé les expositions et les coups de soleil, notamment durant l’enfance. Mais aucune carnation n’est totalement protégée : toute lésion nouvelle ou qui évolue mérite d’être examinée. Selon les antécédents, elle recommande aux profils les plus exposés un suivi tous les six mois à un an.
Pour affiner ce suivi, le cabinet s’est équipé du FotoFinder Vexia, un système encore peu répandu au Maroc, selon la dermatologue. L’appareil cartographie les grains de beauté : sur un patient dévêtu, on photographie chaque zone du corps, on pointe les lésions à surveiller, puis on reprend chaque cliché en gros plan. Le tout est stocké, puis comparé image par image six mois ou un an plus tard, pour repérer le moindre changement. « Le dépistage est beaucoup plus performant », résume-t-elle. Tout l’enjeu est de repérer le plus tôt possible les lésions suspectes afin de les retirer si nécessaire.
Détecté tôt, un cancer de la peau se traite généralement plus facilement et présente de meilleures chances de guérison. À un stade avancé, sa prise en charge peut devenir beaucoup plus lourde.
On distingue principalement les carcinomes cutanés — basocellulaires et épidermoïdes — et le mélanome. Le carcinome basocellulaire est le plus fréquent et reste généralement localisé. Le carcinome épidermoïde est moins fréquent, mais peut être plus agressif. Le mélanome, plus rare, présente le risque métastatique le plus important, et son épaisseur au moment du diagnostic conditionne toute la suite.
Quels réflexes adopter ?
La crème solaire complète les autres protections, mais ne les remplace pas. On commence par éviter les heures où les UV sont les plus forts, rechercher l’ombre et couvrir la peau : manches longues, chapeau, vêtements anti-UV. Sur les zones exposées, on applique généreusement une protection à large spectre SPF 50+, à renouveler environ toutes les deux heures et après chaque baignade ou forte transpiration.
Peut-on bronzer sans risque ?
Il n’existe pas de bronzage totalement sans risque : la coloration de la peau traduit déjà une réaction aux UV. Une exposition progressive, en dehors des heures les plus chaudes et avec une protection adaptée, permet toutefois de limiter les coups de soleil et les dommages les plus importants.
Les enfants sont-ils plus fragiles ?
La vigilance redouble. Les coups de soleil de l’enfance sont un facteur de risque majeur de mélanome à l’âge adulte. Pour les moins de trois ans, la dermatologue recommande d’éviter toute exposition directe, même avec un écran solaire : leur peau reste particulièrement vulnérable. Rien ne vaut l’ombre, les vêtements anti-UV et l’évitement des heures chaudes.
Quelles idées reçues faut-il corriger ?
Deux reviennent souvent. D’abord, arrêter ses traitements dermatologiques l’été : certains peuvent être poursuivis, d’autres doivent être adaptés en raison d’un risque d’irritation ou de photosensibilisation — mais il ne faut ni les arrêter ni en modifier la fréquence sans l’avis de son dermatologue ou de son pharmacien. Ensuite, croire que seuls les gros grains de beauté sont à risque : les grains plats méritent autant d’attention, et un cancer peut apparaître sur une peau jusque-là saine, sous la forme d’une simple tache nouvelle.
Quand consulter ?
Une consultation régulière est particulièrement recommandée aux personnes à risque : peau claire, nombreux grains de beauté, antécédents personnels ou familiaux, coups de soleil répétés ou forte exposition cumulée. En dehors de ce suivi, toute lésion nouvelle, changeante ou qui ne cicatrise pas doit conduire à consulter rapidement. Le soleil accélère aussi le vieillissement cutané et favorise l’apparition de taches et de rides, souvent difficiles à corriger. D’où le conseil de la dermatologue : mieux vaut prévenir que guérir.