Créatrice de mode basée à Marrakech, Mina Binebine dévoile un nouveau pan de sa créativité : des tableaux entièrement composés de boutons cousus main. D’une rencontre fortuite dans une rue de Marrakech à une exposition annoncée à Los Angeles, trajectoire d’une créatrice en pleine mue.
Tout commence par un hasard. Une femme assise dans une rue de Marrakech, un tonneau de boutons dépareillés devant elle. Mina passe, repasse, observe : aucun bouton ne ressemble à un autre. Elle les achète tous. Cousus sur un corset, un gilet, une veste, ils donnent naissance à Éclosion, une collection de mode à base de boutons récupérés. Le réflexe est déjà là : ne rien jeter, tout transformer.
Des années plus tard, le bouton revient la chercher, sur la toile cette fois. Un soir, des amis dînent chez elle ; l’atmosphère est assez détendue pour qu’elle ose montrer ce qu’elle garde depuis deux ou trois ans dans un petit atelier à l’étage. Des toiles recouvertes de boutons. Parmi les convives, un galeriste retient l’idée et finit par l’appeler : il veut l’exposer. Mina hésite… syndrome de l’imposteur, confie-t-elle. Puis elle se lance.
Dans son atelier, le processus est lent, méticuleux, presque monastique. Chaque bouton est enveloppé de chutes de tissus nobles accumulées au fil des années, puis cousu un à un sur la toile. La première pièce en compte 11 900, soit un mois et demi de travail. Un geste répétitif, qu’elle décrit comme thérapeutique : « Ça me sort de ma tête, de mon angoisse. C’est une liberté que je ne trouve nulle part ailleurs. »
Derrière le relief se cache un langage intime. Sur l’une des œuvres, un bouton discordant se distingue au milieu d’un océan crème. « Comme le gosse à l’école qui ne rentre pas dans le moule. C’était moi, enfant. » Sur une autre, des courbes féminines affleurent sous les textures, célébration du corps de la femme, « celui qui est précieux ». Puis elle laisse la porte ouverte : « Chacun peut y voir ce qu’il veut. Un bouton seul, ce n’est rien. Mais ensemble, ça devient une armure. »
Trois toiles ont vu le jour à ce stade, et deux se sont vendues le soir même du vernissage. Dans le silence de son atelier, le cliquetis de l’aiguille a pris une nouvelle résonance. Et chez les Binebine, décidément, le talent éclot.
