Éliminé en quart de finale par la France (2-0), le Maroc quitte la Coupe du monde 2026 avec les honneurs. Six matchs, dix buts, un nouveau sélectionneur et une identité de jeu transformée : retour sur un parcours qui confirme le rang mondial des Lions de l’Atlas, et sur ce qu’il reste à franchir avant 2030.
Quatre ans après la demi-finale de 2022, les Lions de l’Atlas étaient attendus au tournant. Restait une question : après la surprise du Qatar, le Maroc pouvait-il confirmer ?
La réponse tient en un constat. Les Marocains ont atteint les quarts de finale pour la deuxième Coupe du monde consécutive, une première pour une sélection africaine. Et ils l’ont fait avec un visage très différent de celui qui avait ébloui le monde en 2022 : plus haut sur le terrain, plus porté vers la possession, plus ambitieux dans le jeu. Le Maroc a prouvé qu’il pouvait désormais gagner autrement.
Un parcours de six matchs, dans un format inédit
Le Maroc a disputé six rencontres, soit une de plus que dans l’ancien format. La Coupe du monde à 48 équipes ajoute en effet un tour, les seizièmes de finale. Atteindre les quarts en 2026 a donc exigé de franchir deux tours à élimination directe, contre un seul auparavant. La nuance compte au moment de comparer avec 2022 : le parcours est plus long, et la marche vers le dernier carré plus haute.
Versé dans le groupe C avec le Brésil, l’Écosse et Haïti, le Maroc a d’abord tenu le Brésil en échec (1-1), avant de battre l’Écosse (1-0) puis Haïti (4-2). Deuxième de son groupe derrière la Seleção à la différence de buts, il a ensuite éliminé les Pays-Bas aux tirs au but en seizièmes, puis le Canada (3-0) en huitièmes, avant de céder face à la France. Le bilan comptable s’établit à trois victoires, deux nuls et une défaite, avec dix buts marqués et six encaissés.

Ce que Mohamed Ouahbi a réellement changé
C’est l’histoire la moins racontée de ce Mondial, et sans doute la plus importante. Le Maroc a changé d’entraîneur avant le tournoi. Walid Regragui, l’homme de 2022, a quitté son poste après la Coupe d’Afrique des nations, et Mohamed Ouahbi lui a succédé sur le banc en mars 2026.
Le profil détonne. Né en Belgique, âgé de 49 ans, Ouahbi a construit sa carrière dans la formation, notamment à Anderlecht, où il a côtoyé des joueurs comme Jérémy Doku et Youri Tielemans. Avant de prendre l’équipe A, il avait surtout conduit les U20 marocains au titre mondial en 2025, avec au passage une victoire sur la France en demi-finale. Un CV de formateur plutôt que de vedette, de quoi nourrir les doutes à sa nomination. À l’entame du quart de finale, son bilan avec les A restait pourtant vierge de défaite : six victoires et quatre nuls sur ses dix premiers matchs.
Au-delà des résultats, c’est le fond de jeu qui a évolué. Le Maroc de 2022 s’appuyait sur un bloc bas, une discipline défensive remarquable et des transitions fulgurantes. Celui d’Ouahbi joue plus haut, presse plus agressivement, cherche davantage le ballon et assume d’imposer son jeu. Le repositionnement plus offensif d’Azzedine Ounahi illustre bien cette bascule. Résultat : une équipe moins dépendante de son organisation défensive, et davantage maîtresse de son destin. C’est le vrai enseignement du tournoi.
Trois matchs pour comprendre cette évolution
Le Brésil, le match qui installe le Maroc. Le 1-1 inaugural vaut mieux qu’un bon résultat. Le Maroc prend l’initiative, presse, ouvre logiquement le score par Ismaël Saibari, et concède l’égalisation sur un sursaut de Vinícius Júnior. Face à une nation à cinq étoiles, les Lions rivalisent dans le jeu au lieu de subir. Le ton est donné.
Les Pays-Bas, la démonstration mentale et tactique. Menés sur un but de Cody Gakpo à la 72e minute, les Marocains arrachent l’égalisation par Issa Diop dans le temps additionnel. Yassine Bounou repousse ensuite la tentative de Crysencio Summerville aux tirs au but, et Saibari transforme le penalty de la qualification. Un détail éclaire la rencontre : Ouahbi affirme après le match que son équipe a dominé avec environ 70 % de possession. La qualification doit autant à la maîtrise du jeu qu’à la résistance et au gardien.
Le Canada, le match référence, en deux temps. Le 3-0 laisse imaginer une soirée maîtrisée de bout en bout. La réalité est plus nuancée : le Canada domine une bonne partie de la première période et le Maroc attend la 28e minute pour tenter sa chance. Tout se joue à la mi-temps, quand le staff ajuste. Replacé plus haut, Ounahi inscrit un doublé, et Soufiane Rahimi ajoute le troisième en fin de match. Ounahi devient à cette occasion le premier joueur africain depuis 2002 à signer un doublé dans un match à élimination directe de Coupe du monde. Au-delà du score, ce match dit la capacité d’un staff à corriger en cours de route.
France-Maroc : pourquoi les Lions n’ont pas existé offensivement
Le quart de finale, que Marrakech a suivi dans ses cafés et ses fan zones, mérite une analyse honnête, débarrassée de l’émotion. Privé de Saibari, touché aux ischio-jambiers face au Canada, Ouahbi choisit un 4-5-1 prudent, avec Brahim Díaz relativement isolé en pointe. Le choix tranche avec l’audace affichée pendant tout le tournoi.
La France contrôle le milieu, notamment grâce à Manu Koné et Adrien Rabiot. Le Maroc peine à ressortir proprement et n’exploite jamais les espaces dans le dos de la défense adverse. Bounou retarde l’échéance en stoppant un penalty de Kylian Mbappé, mais le capitaine français ouvre finalement le score à la 60e minute, avant qu’Ousmane Dembélé ne double la mise six minutes plus tard. Un chiffre résume la soirée : le Maroc n’a cadré son premier tir qu’à six minutes de la fin, pour un seul tir cadré sur l’ensemble de la rencontre.
Ouahbi l’a reconnu après le match : la France était supérieure. Il a surtout appelé son groupe à l’autocritique et refusé de traiter ce quart de finale comme un aboutissement. La posture est juste. Le Maroc a réalisé un très beau tournoi, et cette défaite mesure en même temps l’écart qui subsiste avec une équipe capable de contrôler un match, de neutraliser presque totalement Brahim Díaz et de se montrer décisive dans les moments qui comptent.
Les hommes du parcours

Ismaël Saibari est le fil rouge de ce Mondial. Trois buts lors des trois matchs de groupe, un contre le Brésil, un contre l’Écosse (inscrit après seulement 71 secondes, alors le but le plus rapide du tournoi) et un contre Haïti. Il devient le deuxième joueur africain à marquer lors de ses deux premières apparitions en Coupe du monde, après Mohamed Salah. C’est aussi lui qui transforme le penalty décisif face aux Pays-Bas. Sa blessure le prive du quart de finale, une perte réelle, sans être l’unique explication de l’élimination.
Azzedine Ounahi incarne la réussite tactique d’Ouahbi. Son repositionnement plus haut débouche sur le doublé référence contre le Canada, son grand moment du tournoi.
Yassine Bounou reste le symbole de la continuité entre 2022 et 2026. Deux penalties arrêtés dans la compétition, celui de Summerville contre les Pays-Bas et celui de Mbappé contre la France, et toujours le même sang-froid dans les instants décisifs.
Achraf Hakimi, capitaine et buteur contre Haïti, demeure au cœur du jeu marocain. Son rôle dépasse ses montées offensives : il fait le lien entre la génération de la demi-finale 2022 et celle du quart 2026.
Issa Diop est le héros inattendu. Son égalisation dans le temps additionnel contre les Pays-Bas évite une sortie dès les seizièmes et change toute la trajectoire du tournoi.

Reste le cas Brahim Díaz, plus contrasté. Meilleur buteur de la CAN 2025 avec cinq réalisations, attendu comme un cadre offensif, il n’a pas marqué de tout le Mondial. Ouahbi a pourtant continué de lui confier les clés de la création, évoquant sa capacité à provoquer un « chaos organisé » chez l’adversaire. Le Maroc a inscrit dix buts, mais son principal créateur n’a jamais trouvé la faille. La limite offensive du parcours est aussi là.
Ce que ce Mondial dit du football marocain
S’arrêter au « merci les Lions » reviendrait à passer à côté de l’essentiel. Ce parcours confirme d’abord la solidité d’un modèle. Le titre mondial des U20 en 2025, décroché par le même Ouahbi, ne doit rien au hasard : il traduit une filière de formation qui produit désormais en série, de l’Académie Mohammed VI aux binationaux formés dans les grands clubs européens. La double culture, longtemps perçue comme une singularité, est devenue une force structurelle. Et le Maroc peut changer d’entraîneur et de philosophie sans s’effondrer, signe que l’édifice repose sur des fondations plutôt que sur un seul homme.
Le calendrier ajoute une dimension particulière. En 2030, le Maroc coorganisera la Coupe du monde aux côtés de l’Espagne et du Portugal, avec Marrakech, dont l’aéroport Ménara s’agrandit déjà, parmi les villes hôtes. Ce quart de finale s’apparente donc à une étape sur une trajectoire qui mène vers un rendez-vous à domicile.
Restent les défis. Qui sera encore là dans quatre ans ? Bounou et Hakimi seront alors en fin de cycle. Quelles positions faudra-t-il renforcer pour éviter de retomber, comme contre la France, dans un football de réaction ? Et surtout : le Maroc peut-il viser plus haut qu’un quart ? Le parcours 2026 apporte un début de réponse, puisque l’équipe a désormais les moyens de jouer, et plus seulement de résister. Restent à acquérir le réalisme et la maîtrise qui ont manqué face aux Bleus. C’est le chantier des quatre prochaines années.
Coupe du monde 2026 : le parcours du Maroc en chiffres
- 6 matchs disputés
- 3 victoires, 2 nuls, 1 défaite
- 10 buts marqués, 6 encaissés
- 2 matchs sans encaisser de but
- Meilleur buteur : Ismaël Saibari (3 buts)
- Première sélection africaine à atteindre deux quarts de finale consécutifs en Coupe du monde
- Élimination : France 2-0 Maroc, le 9 juillet 2026
| Tour | Rencontre | Résultat | Buteurs marocains |
|---|---|---|---|
| Groupe C | Brésil-Maroc | 1-1 | Saibari |
| Groupe C | Écosse-Maroc | 0-1 | Saibari |
| Groupe C | Maroc-Haïti | 4-2 | Hakimi, Saibari, Rahimi, G. Yassine |
| 16es de finale | Pays-Bas-Maroc | 1-1 (2-3 t.a.b.) | Diop |
| 8es de finale | Canada-Maroc | 0-3 | Ounahi (x2), Rahimi |
| Quart de finale | France-Maroc | 2-0 | Aucun |
| Joueur | Buts |
|---|---|
| Ismaël Saibari | 3 |
| Azzedine Ounahi | 2 |
| Soufiane Rahimi | 2 |
| Achraf Hakimi | 1 |
| Issa Diop | 1 |
| Gessime Yassine | 1 |