La place Jemaa El-Fna, cœur vivant de Marrakech et espace culturel inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, fait l’objet d’une vaste requalification pilotée par Al Omrane Marrakech-Safi : nouveau dallage en pierre naturelle, réaménagement du jardin Arsat El Bilk, station dédiée aux calèches et services repensés pour les visiteurs. Mais les premiers aménagements dévoilés à la mi-juin suscitent une vive polémique.
L’annonce a été faite le 11 juin lors d’une visite de chantier par Chakir Zahouane, directeur général d’Al Omrane Marrakech-Safi, maître d’ouvrage délégué de l’opération. Menée dans le cadre d’une convention réunissant plusieurs partenaires institutionnels, cette requalification touche à la fois aux sols, à la circulation et aux équipements de la place, avec l’ambition de la moderniser tout en préservant son identité.
Le changement le plus visible concerne le revêtement. La place reçoit un calepinage en pierre naturelle taillée, décliné en plusieurs formats (de 20×20 à 20×80 cm), posé sur une structure renforcée et doté d’une finition légèrement rugueuse pour limiter les glissades des milliers de piétons qui la traversent chaque jour. En parallèle, le jardin Arsat El Bilk est réaménagé et les cheminements piétons réorganisés.
Côté services, la place se dote d’une station dédiée aux calèches, d’un kiosque d’information touristique et de nouveaux sanitaires publics accessibles. Les travaux avancent par secteurs, afin de préserver l’activité des conteurs, musiciens, restaurateurs et commerçants qui font vivre Jemaa El-Fna du matin au soir.
Cette opération s’inscrit dans une dynamique plus large de mise à niveau urbaine et touristique de Marrakech, dans la continuité des grands rendez-vous accueillis par le Maroc et dans la perspective de la Coupe du monde 2030. Une commission de suivi accompagne le chantier sur ses dimensions techniques et patrimoniales.
Une rénovation qui ne fait pas l’unanimité
Depuis que les premiers aménagements ont été dévoilés à la mi-juin, le chantier, estimé à 160 millions de dirhams, suscite une vague de critiques. Sur les réseaux sociaux, des milliers d’internautes marocains et de la diaspora ont exprimé leur désarroi face aux choix esthétiques retenus.
Les reproches convergent : dallage et mobilier urbain jugés trop standardisés, éclairage qui ne respecterait pas l’atmosphère nocturne du lieu, rupture avec l’identité ocre de la médina. Plusieurs commentaires comparent le rendu à celui d’une gare ou d’un centre commercial.
Au cœur du débat, le statut du site. En 2001, l’UNESCO a inscrit Jemaa El-Fna au patrimoine culturel immatériel pour sa culture vivante, celle des conteurs, musiciens et halqa qui l’animent chaque soir. Ce statut rare impose une vigilance particulière à toute intervention.
Des architectes et des acteurs culturels demandent la révision de certains éléments avant que les aménagements ne soient figés, et plaident pour associer experts du patrimoine et société civile aux décisions. Plusieurs défenseurs de la place pointent aussi des questions techniques : un dallage censé résister aux huiles et aux fortes chaleurs du plus grand restaurant à ciel ouvert du pays, alors que des flaques et des traces de graisse ont déjà été signalées. Des voix réclament un audit.
Du côté des autorités, Mohamed Idrissi, premier adjoint à la maire de Marrakech, a rappelé que les travaux étaient toujours en cours et appelé à la patience, assurant que le résultat final serait satisfaisant pour tous.